Vaincre la Kostitsynisation (!)

Andrei Kostitsyn

Ça fait relativement peu de temps que je suis retourné sur le marché de l’indépendance professionnelle et de l’entrepreneuriat. Je l’ai été tout au long de mes études (2000-2006) jusqu’en 2008 alors que j’ai vendu mes entreprises et suis rantré dans le rang comme salarié. Je pensais endurer ça au mieux 6 mois, finalement cette aventure aura duré 3 ans.

J’ai aimé ça, j’y ai fait de belles rencontre, j’ai appris beaucoup, mais à voguer contre sa nature et tenter de chasser le naturel, on le voit inévitablement se pointer le bout du nez tôt ou tard. Mon congé parental aura été mon tremplin, et avec 2011 qui terminait il en allait de même avec ma paye aux deux semaines, mes avantages sociaux et la paix d’esprit.

C’est pas toujours évident quand on regarde la pente ascendante du titre d’Apple (AAPL) au NASDAQ, mais la vie d’un entrepreneur est remplie de presque autant de hauts que de bas. Son succès réside souvent uniquement dans sa capacité à avancer et progresser dans ces montagnes russes.

S’auto-congratuler d’une bonne nouvelle, d’un gros contrat ou d’un nouveau client, c’est facile. Mais trouver matière à gagner en confiance et progresser pendant une période “baissière” c’est une autre paire de manches. C’est pourtant la seule manière de garder le cap et ne pas se laisser décourager. Pour ça il faut un moral en béton plus solide que Pauline Marois, et sûrement une bonne dose de folie.

Et comme salarié, j’avais quelque peu perdu mes repères pour maintenir ce difficile équilibre de vie. Dans une certaine mesure je crois que j’avais en fait oublié ce qui me motivait réellement dans le travail : le fait de dépasser mes limites!

C’est facile de tomber dans l’accoutumance à un revenu stable pour une quantité de travail constante. La reconnaissance, on finit souvent par la prendre pour acquis ou se contenter d’une tape dans le dos de temps en temps. Donner sa pleine mesure quand on se sent blindé et en sécurité, c’est pas toujours évident. En tout cas ça ne l’était pas pour moi. Et ça me dérangeait…

Cette lutte intérieure que j’ai vécue pendant cette période, je l’appelais – pour rigoler – ma Kostitsynisation.

KOSTITSYNISATION. n.f.. État se définissant par une propension à sous-utiliser ses compétences et tabler sur son talent naturel pour réaliser un projet. Tire son origine du pas très regretté Andrei Kostitsyn – le marqueur de 20 buts le plus talentueux ayant joué à Montréal en 20 ans.

Mais quand même, ma Kostitsynisation n’était pas extrême. Je pense même objectivement avoir été un très bon employé.

Toutefois en mon for intérieur je vivais constamment avec l’impression d’être un imposteur. De profiter un peu des conditions et ne pas pousser le pied sur l’accélérateur. C’est un comportement que je crois être tout à fait normal, mais qui ne me convenait pas. Je devais vivre chaque jour avec une certaine culpabilité. Je savais que je pouvais en donner plus, mais j’avais tendance à me contenter de “faire de mon mieux” dans un contexte où je n’étais pas directement responsable des succès, des échecs ou des délais de livraison.

Cette culpabilité nous amène à comprendre que le contexte ne nous est pas propice pour s’épanouir professionnellement et personnellement. Elle nous entraîne obligatoirement à chercher une solution. Faire de mon mieux c’était pas suffisant. Il me fallait un contexte qui me pousserait à être meilleur.

Pour moi, cette solution c’était de me mettre en danger en allant voir mon directeur gérant pour faire annuler mon contrat de 10 ans. Démissionner. Puis renaître.

Et force est d’admettre que ce retour comme entrepreneur m’a complètement rétabli.

Avec mes récents succès ET mes revers, dans ce contexte d’instabilité, de perpétuelle remise en question, de hautes responsabilités et de danger, j’ai retrouvé toute la motivation du monde. Retrouver la motivation, c’est avoir retrouvé l’envie de me surpasser. D’accepter qu’au fond, l’argent et la paie, c’est rien si on n’a pas la fierté et l’impression d’être allé au bout de soi.

Le Andrei en moi a retrouvé le goût de saigner du nez pour marquer 50 buts.

D’ailleurs ce matin j’ai eu un appel de mon coach : une promotion sur le premier trio.

J’ai le couteau entre les dents, et comme Claude Giroux le week-end dernier, tout ce que j’ai envie de dire c’est : “surveillez bien mon prochain shift…“.

Émile Girard
Je suis le Président d'Instamobile.ca, un Développeur Web passionné depuis 1998 et un Socialiseur en Réseau notoire. Un hyper-actif numérique oeuvrant dans les coulisses de sites web et applications que vous adorez. Plus »

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